Une femme d'un certain âge assise sur un banc de pierre. Un caddie à côtée d'elle, une bouteille en plastique sur le visage. Un semblant de masque à gaz.

Exposition "SUBURBIA" par le photographe Tomeu Coll à Charleroi

  • 09 Novembre 2019 > 21 Décembre 2019

Couillet

Où: Galerie Jacques Cerami - Route de Philippeville, 346

Suburbia - Le cercle reste intact

"Une ville dans une ville dans un pays inconnu. Un endroit qui n’existe pas tant que vous ne le regardez pas en face. Droit dans les yeux. Les banlieues ne sont pas seulement les territoires autour des villes, elles représentent également toutes les facettes d’une réalité que nous sommes tous censés vivre. D’un homme qui se défend avec son masque à gaz fait maison sur une île à une femme qui dort dans un bus Greyhound en route vers le New Jersey. Rien n’est ce qu’il paraît et rien ne s’est vraiment passé. La banlieue se situe entre la réalité et la fiction, la banlieue est un rêve et un cauchemar fait de piqûres. La banlieue est mes yeux pleins de poussière." - Tomeu Coll, 2019

Vernissage le vendredi 08 novembre de 19H à 22H (en présence de l’artiste)

"Garry Winogrand dit « Ce que fait une photographie, c’est décrire la lumière sur une surface. Rien de plus. Et il nous est impossible d’en savoir plus, sur qui que ce soit. » C’est une dérobade. La photographie ne doit pas nécessairement dire quelque chose sur la personne ou les objets qu’elle représente. Toute vraie photographie, qui dépasse la simple représentation, dit quelque chose sur le photographe – ce que le photographe voit, ce que le photographe veut que nous voyions, ce que le photographe ressent au moment où il appuie sur le déclencheur. L’image capturée peut révéler les secrets les plus sombres de l’âme du photographe. La photo est le photographe.

Alors, regardez ces images. Regardez les habitants de la Suburbia – la Banlieue – de Tomeu Coll. C’est facile de fustiger les banlieues et les pauvres âmes qui y vivent. Des écrivains, des photographes, des réalisateurs le font depuis toujours. Mȇme le mot « suburbia » est une insulte. Les Romains l’ont inventé. Ils savaient, il y a deux mille ans, ce qu’étaient vraiment ces colonies en dehors des villes. Ils savaient : « sub » veut dire sous, « urb » veut dire la ville. Ces endroits étaient en bas. Les Enfers. L’enfer. À l’époque comme aujourd’hui. Mais Coll n’insulte pas les gens qu’il photographie. Il ne donne pas dans le coup bas. Ce Bulgare aveugle aux yeux vitreux qui mendie dans les rues de Venise ? Ce visage sanglant au regard pénétrant? Cet homme assis sur un fauteuil à bascule, une arme à la main, qui attend ? Ce couple qui, tout occupé à s’embrasser, ne remarque même pas l’incendie d’une benne à ordures ? Ce sans-abri tout contorsionné, évanoui sur un banc de métro ? Des zombies ? Des fantômes ? Des monstres ? Non, pas du tout, Coll se garde bien de les tourner en ridicule. Il cite Nietzsche: « Quiconque lutte contre des monstres devrait prendre garde, dans le combat, à ne pas devenir monstre lui-même. Et quant à celui qui scrute le fond de l’abysse, l’abysse le scrute à son tour. » Mais quand Coll fait une photographie, la relation de cause à effet établie par Nietzsche est inversée. L’appareil photo, cette boîte noir, l’abysse lui-même, projette les monstres personnels de Coll sur ses sujets. Il décrit les instants qu’il saisit comme des portes d’entrée dans son monde, sa Suburbia, une nouvelle dimension dans laquelle son âme, ses démons, son espoir, le relient à ce qu’il voit. Ces gens sont lui, des images projetées de tous les extrêmes, terribles et misérables, qui existent en lui-même. Ils deviennent des expressions de son humanité – son acceptation de lui-même et des autres en tant qu’êtres à part entière malgré leurs failles." -     Joseph E. Reid 2019                                                                                                             

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