2 tableaux l'un à côté de l'autre. Uniquement, des traits, du noir et du blanc. Très sobres. Les deux sont nus.

Expo Corpus - Charleroi

  • 09 Novembre 2018 > 14 Décembre 2018

Charleroi

Où: Maison du Hainaut - Quai Rimbaud, 20

Younes El Melouli dessine dans un contexte d’atelier, au sein de la Galice à Mons, son travail s’inscrit dans le champ de l’art brut contemporain.
Chez lui, c’est une danse du désir qui prend une forme généreuse.
L’expression est desserrée, dans une audace infinie, c’est la grande libération, la confession de l’impertinence au pouvoir de l’irrévérence.
Younes El Melouli cultive la faculté de l’affranchissement, le corps est élu dans ce qu’il a de plus abondant et invite la nudité à s’explorer dans une aisance inépuisable.

La rondeur du trait prenante, le spectateur se surprend lui-même à vouloir prétendre à cette appétence.
Il y a parfois deux bouches, des yeux qui éprouvent, une tête qui charme, des cheveux qui s’évadent, Younes El Melouli y met toutes les marques d’une ardeur primitive, dans sa belle noblesse.
Son dessin transgresse les codes des bien-pensants, Il débride et laisse l’appétit de son trait se manifester, il s’autorise l’originel.

L’importance de la posture est accordé, il y passe, il y gomme, il s’y recommence, il cherche la bonne mesure de ce qui lui plaît et laisse les traces de ses passages sur le papier, comme pour mieux nous raconter ses nombreux repères, on peut y voir alors, comme la naissance d’un mouvement supplémentaire qui amplifie la force de la narration proposée. L’énergie est jointe et fait grandir l’histoire retracée, l’être s’anime !
Qu’il est beau de respirer cet élan tendu vers une liberté qui s’abandonne avec légèreté

Chez Miro Rodigari, ça se passe entre lui et lui …
Ses corps moribonds, peints à l’huile, dans une palette chromatique qui n’est pas sans rappeler celle des grands peintres de la renaissance, lâchent toute leur souffrance et s’inscrivent dans la grande tradition, celle des légendes de l’histoire de l’art. Ses portraits d’homme couché dans la mort sont d’une grande puissance et soulèvent pourtant une certaine lumière.
Il y a aussi les esquisses, comme à l’atelier, prises sur le vif, à même la pose, au contact direct du modèle qui se dispose pour lui, le tout en donnant une dimension qui frôle le charnel et n’engloutit aucun détail de vérité sur ses papiers de travail.

Sa fascination pour l’anatomie lui permet d’explorer toutes les facettes qui se présentent à lui, lorsqu’il se met à « croquer » des modèles vivants.
Les poses jouent alors, avec toutes les limites possibles de ce qui est permis de montrer et ce qui doit rester caché. Il retrace avec force les frontières d’une intimité qui lui est exposée.
Ses multiples observations se déclinent alors, à l’encre de Chine exigeante ou au marqueur noir intraitable, par le biais d’un trait maîtrisé, concentré, abrupt, souvent grave.
Ses petites sculptures de terre, érotiques, s’offrent à nos yeux avec beaucoup de faveur et amènent une grâce préservée.

Ce dessinateur académiste écoule un doute cultivé qui lui appartient. Les questions sont là, en reste de son travail sur la crucifixion qui résonne dans une marque qui évolue, abstraite, au fil du temps, qui s’épure et se renforce dans ce « quelque chose d’impénétrable »
L’abstraction s’inscrit en tache sombre comme pour mieux s’échapper un peu, comme pour mieux percevoir les bords de la complexité d’une pensée.
Qu’il est admirable aussi, de distinguer cette intensité qui s’élance avec autant d’intelligence.

Younes El Melouli et Miro Rodigari sont projetés dans ce langage pictural fort, créé pour un moment, un moment où l’un danse et l’autre gémit.
Les rapprocher, dans cette dissemblance, nous est apparu, engageant, il ne s’agit pas ici, de comparer les êtres, les pensées, ni de jouer d’une quelconque course à la beauté de l’expression.
C’est l’histoire de deux hommes, au parcours de vie différent, que l’art a raccordé et porté dans une belle allure autour de la nudité

071/64.10.64